Actualités

Les allocutions des cérémonies d’octobre 2025

<< Retour liste des actualités

publié le : 10/11/2025

Allocutions à la Blisière

Quelques extraits des discours

Introduction, La Sablière, 19/10/25

Discours d'introduction, La Sablière
Discours d’introduction, La Sablière (c) Marielle Arteaud

Le 22 octobre 1941 tombèrent ici 27 hommes qui avaient la France au cœur, 16 à Nantes et 5 au mont Valérien mais aussi 50 autres à Souge. En représailles d’UN Allemand tué à Nantes le 20 octobre, Hitler avait réclamé 100 otages, parmi ces indésirables internés, en attendant une occasion de les éliminer. Dès le lendemain de leur exécution, les noms et les derniers mots des martyrs devinrent autant de messages exaltants pour les résistants. Ici, dans cette clairière, des Castelbriantais sont venus, bravant les interdictions, pour se recueillir et honorer. N’oublions pas que ces fusillés étaient juste des militants communistes, syndicalistes de la CGT, des « grandes gueules » pour certains. Il est vrai qu’ils avaient participé aux revendications de 1936, qui avaient notamment abouti aux congés payés et à la réduction du temps de travail.

Aujourd’hui, en 2025, en pleine crise politique et sociale, n’oublions pas que, derrière les noms que nous honorons et qui jalonnent nos rues et nos bâtiments publics, il y a eu des hommes, des hommes choisis par des ministres, des préfets et hauts fonctionnaires français aux ordres du gouvernement de Vichy, à la botte des Allemands pour écraser des indésirables. Car après 1936 et les avancées sociales, conquises par le peuple, les partis de gauche et les syndicats, le grand patronat n’a eu qu’un seul objectif de reconquête en prônant « plutôt Hitler que le Front Populaire ». En 2025, c’est une petite musique qui chante à nouveau aux oreilles des patrons. Alors, tandis que nos anciens disparaissent, leurs voix se taisent, toutes et tous, nous avons un devoir de rappeler sans cesse ce qui s’est passé à leur place.

Carine Picard-Nilès, Présidente de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt

Discours du représentant du Parti Communiste français, 19/10/25

Les 27 de Châteaubriant sont tombés, ici, il y a 84 ans. Depuis, chaque année nous nous retrouvons pour évoquer leur souvenir mais surtout pour nous inspirer de leur vie et de leur courage dans les moments terribles que traversent notre pays et notre monde.

Discours de Stéphane PEU à la Sablière
Discours de Stéphane PEU à la Sablière
(c) Marielle Arteaud

Leur conscience les a conduits à dire « non ». Chacun à sa manière. Certains l’ont fait en distribuant des tracts, d’autres en écrivant des slogans sur les murs de nos villes ou en organisant des réseaux, des premiers attentats, qui vont, à partir de 1941, faire que la France devienne un enfer pour les troupes d’occupation.

Les 27 de Châteaubriant ont dit simplement : non à l’occupation de la France par les armées nazies. Non à un gouvernement qui se vautrait dans une collaboration sans limite. Non aux lois raciales et aux lois liberticides.

Nos 27 camarades, déjà emprisonnés, n’ont pas participé à l’attentat de Nantes qui a servi de prétexte aux exécutions d’otages. Ils ont été désignés par un ministre français, le sinistre Pucheu, parce qu’ils étaient communistes et syndicalistes.

À aucun moment Pétain n’a tenté sérieusement d’empêcher que des otages soient fusillés. Il osera même affirmer le 22 octobre à la radio, je le cite : « Par l’armistice, nous avons déposé les armes. Nous n’avons plus le droit de les reprendre pour frapper les Allemands. » L’anticommunisme, l’antigaullisme, l’antisémitisme sont les moteurs de la politique de Vichy.

Ces 27 otages ne sont pas les premiers, ils ne seront pas les derniers. Les nazis pensent faire peur aux Français en généralisant la méthode, mais leur échec est patent. Quand les Français apprennent par la presse clandestine le sort de nos 27 camarades, ils sont révoltés. Leur sympathie va aux victimes, pas aux bourreaux. Il en sera de même quelques années plus tard quand ils découvriront l’affiche rouge sur les murs de France.

Stéphane Peu, Député de Seine-Saint-Denis, président du groupe Gauche Démocrate et Républicaine à l’Assemblée nationale

 

Veillée du Souvenir, Nantes, 17/10/2025

Les 48 fusillés étaient des hommes libres, patriotes, fervents défenseurs de la liberté, de la justice, de la paix, du progrès pour tous. Certains étaient à peine sortis de l’adolescence, certains commençaient leur vie d’adulte et d’autres étaient dans la force de l’âge. Ils étaient le reflet de la variété de la population : étudiants, intellectuels, travailleurs manuels, anciens combattants de la guerre 1914-1918… Ils étaient tous engagés dans des associations, des syndicats, des partis politiques. Certains étaient communistes, socialistes, cégétistes, certains priaient, mais tous croyaient en un monde meilleur.

Si le souffle de la vie ne leur avait été ôté en ce 22 octobre 1941, ces hommes auraient continué d’agir pour une société de paix, progressiste et sociale, fidèles à leur engagement. Ils étaient toutes ces « Mains d’or » célébrées par Bernard Lavilliers. Leur vie s’est arrêtée ce 22 octobre, brisant tous leurs espoirs de contribuer à la reconstruction de la France. Guy Môquet ne deviendra pas un athlète de haut niveau, Léon Jost ne gâtera plus ses petits enfants, Maurice Ténine n’exercera pas dans les quartiers populaires, Huynh Khuong An n’enseignera pas le latin à Hanoï, Hubert Caldecott n’ouvrira pas une pharmacie à Rezé, Jules Auffret ne sera pas élu maire de Bondy.

La barbarie nazie a privé la communauté de la richesse de ces hommes, de leur intelligence, de leur créativité, de leurs forces de travail productrices de richesses. Les 48 n’auront pas connu la libération du pays pour lequel ils ont sacrifié leur vie, ni les avancées fondatrices des « jours heureux » qui ont découlé du programme du Conseil National de la Résistance. Ces hommes ont laissé des familles endeuillées. Aucune épouse, aucune mère, aucun enfant n’est sorti indemne de son deuil, marqués dans leur corps, dans leur tête, dans leur quotidien et ce, pour toute leur vie.

Aujourd’hui, dans les nombreux pays où la guerre sévit, des populations innocentes vivent ces mêmes horreurs fomentées par les forces capitalistes qui se confrontent. Frapper les mères et les enfants n’est pas anodin ; c’est le moyen d’anéantir tout l’avenir d’un peuple.

Yves Quiniou

Hommage à Rino Scolari, Stèle du camp de Choisel, 18/10/25

Rino était une généreuse et belle personne. Il parlait avec des mots mais aussi avec le cœur et… avec les mains ! Il avait 100 idées à la minute. Il aimait les belles voitures, le théâtre, le sport (il fut même président du club de foot l’USM Malakoff qu’il mena en 2e division). Il aimait les gens et les gens l’aimaient. Bref, Rino aimait la vie !

Ici , devant la stèle du camp de Choisel, une image me vient en tête, une photo que certaines et certains d’entre vous connaissent. Trois jeunes gens se tiennent par les épaules dans le camp, trois jeunes communistes : Guy Môquet, Roger Semat et Rino Scolari. Les « 3 inséparables », disait-on. Guy, comme vous le savez, sera fusillé dans la carrière de Châteaubriant et Roger mourra en 1949 ! En privé, Rino parlait souvent de ses deux copains. Leur souvenir l’accompagnera toujours et toute sa vie il a su être digne de leur mémoire et de leurs engagements.

Aujourd’hui, alors que notre France des libertés et des résistances est remplacée par une France de l’injustice sociale et de la précarité sous l’emprise de l’ultralibéralisme économique et d’Etat, restons vigilants et déterminés. Et, comme Rino Scolari, sachons rester dans le sillon creusé par Ceux de Châteaubriant.

Maryse Veny-Timbaud

Intervention au Château de Châteaubriant, 18/10/25

Ce 84e anniversaire se déroule malheureusement dans un contexte international électrique. La guerre engendrée par de nouvelles formes d’intégrisme et de nationalisme jette sur les routes de l’exode des centaines de milliers d’êtres humains que l’Europe répartit en quotas, en fermant les frontières, en abandonnant ces populations qui n’ont d’autres choix que de fuir la barbarie, la guerre et la misère.

Et puis, chacun d’entre nous sait parfaitement qu’aujourd’hui notre démocratie n’est pas sauvée car les idées de l’extrême droite continuent de se propager dans les différentes couches de notre société. Tant de discours et d’idées nauséabondes ressurgissent chez quelques-uns, comme si les fusillades d’otages, les bombardements, les camps de concentration et d’extermination et toutes ces années de guerre voulues par les nazis et leurs collaborateurs étaient déjà oubliés.

Serge Adry, président du Comité local du Souvenir de Châteaubriant

Discours à la Blisière (Juigné-des-Noutiers), 19/10/25

Pierre Rigaud indique dans son journal, à la date du 15 décembre 1941 : « Encore une journée qui restera mémorable, tragiquement mémorable. Le crime n’y a pas été, pour nous, poussé à l’ampleur de celui du 22 octobre. Il est cependant de ces actes qui ne s’oublient jamais… 9 des nôtres sont tombés à nouveau héroïquement, stoïquement, en Français comme ceux qui les précédèrent le 22 octobre. »

Allocution à la Blisière
Allocution à la Blisière
(c) J.-L. Olivier

Quelques lignes plus loin, revenant sur le moment où leurs camarades montent dans le fourgon qui les emporte vers la mort, je cite : « Et la Marseillaise s’élève aussi poignante qu’il y a 7 semaines. Un frisson parcourt notre échine. Mais raidis sous le malheur et gonflés par l’espoir nous lançons notre Marseillaise, celle que nous savons chanter. Nos voix se conjuguent, celles de ceux qui restent, celles de ceux qui partent, aussi confiants devant les fusils de l’ennemi que nous devant la noire terreur qui s’étend sur nos têtes. »

Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer l’exécution de ces hommes, perpétré près de l’étang de la Blisière et d’une guinguette où les habitants aimaient venir se détendre aux beaux jours. 84 ans après, par notre présence, nous réaffirmons notre volonté que la mémoire de ce crime abject ne soit jamais effacée.

Jean-Luc Le Drenn, président du Comité d’Indre

Hommage à Fernand Grenier, Rond-point Fernand Grenier, Châteaubriant, 19/10/25

Discours hommage à Fernand Grenier
Discours hommage à Fernand Grenier
(c) J.-L. Olivier

Et puis surtout, les nombreux combats de Fernand Grenier sont toujours d’actualité ! Faire vivre et revivre la mémoire de la guerre et de la résistance, bien sûr, mais aussi la bataille pour bâtir une société où femmes et hommes seraient véritablement à égalité, une société de paix et de coopération entre les peuples, une société où l’exploitation de l’homme par l’homme n’existerait plus.

Pour rendre un hommage entier et sincère à Fernand Grenier et à tous ses camarades de lutte, continuons son combat. Continuons de faire vivre notre militantisme mémoriel, continuons de lutter pour une société démocratique et émancipatrice, le socialisme, continuons de nous engager dans les partis, les syndicats et les associations progressistes comme l’Amicale de Châteaubriant et le Comité du souvenir.

Je terminerai sur ces mots de Fernand Grenier : « Que des milliers d’ardentes volontés entrent dans nos rangs et y apportent leur enthousiasme, leur dévouement ! »

Guilhem de Bourmont, responsable du Mouvement de la Jeunesse Communiste de France en Loire-Atlantique

Allocution Indre, 12/10/25

Nous ne nous rassemblons pas chaque année autour des valeurs de la Résistance par nostalgie, mais parce que « résister se conjugue au présent », comme disait Lucie Aubrac. Nous devons être nombreux à résister face aux crises sociales, climatiques et démocratiques que nous connaissons. Les évènements politiques récents nous alertent sur une démocratie à la dérive. Le Comité exprime depuis des années son inquiétude sur la réelle possibilité de l’arrivée du Rassemblement National au pouvoir.

Chacun d’entre nous sait parfaitement qu’aujourd’hui notre démocratie n’est pas sauvée car les idées de l’extrême droite continuent de se propager insidieusement dans les différentes couches de notre société, s’incrustent dans les esprits avec l’aide des puissants relais que sont les médias aux mains de milliardaires réactionnaires. Ce contexte assoit les idées de l’extrême droite qui s’en délecte. (…) Le bruit des bottes se fait encore entendre et la bête immonde n’a jamais vraiment disparu.

La situation sociale actuelle en France ne rassure pas, loin de là. La destruction de tous nos services publics, que ce soit dans les domaines de la santé, de l’éducation et bien d’autres, ne cesse de s’amplifier. Je me pose cette question : « Que penseraient aujourd’hui les femmes et les hommes d’horizons politiques différents qui se sont battu, voire ont perdu la vie pour créer le Conseil National de la Résistance ? » Notre Comité, à l’image des martyrs de la commune aujourd’hui honorés, combattra et résistera toujours aux idées d’extrême-droite.

J.-L. Le Drenn

 

PS : Seul le prononcé fait foi.